À tous les invisibles qui se reconnaîtront
« Tu es trop perchée. » « On se demande où elle est parfois. » « À quoi tu rêves ? » « À quoi tu penses ? » « Trop sensible. » « Trop gentille. » « Elle s’en fait pour rien. » « Un rien l’émeut. » « Elle est susceptible. » « Un rien la déstabilise. »
Voilà. C’est dit. Tout ce qu’on m’a renvoyé depuis toujours. Comme un refrain qui colle à la peau, comme une petite musique qui vous suit partout.
Pensez ce que vous voulez maintenant. Moi, j’ai compris.
Vous savez ce moment où vous me voyez partir ? Où mes yeux se perdent quelque part au-delà de la conversation ?
Ce n’est pas que je vous ignore. C’est que je m’ennuie tellement que mon âme refuse de rester là. Face à vos échanges qui tournent en rond, face à ces mots vides qui ne disent rien, qui ne touchent rien, qui ne réveillent rien… je m’envole. Ou je m’éteins.
Parce que voyez-vous, seule la profondeur des échanges m’anime. Seuls les mots justes me font vibrer plus haut. Alors quand la conversation plane à ras les pâquerettes, je monte ailleurs. Je cherche l’altitude.
Et soudain, si un mot m’accroche, si quelque chose de vrai émerge… je suis là. Tout de suite. Entière.
Il me faut du haut niveau spirituel. Des sujets qui nourrissent l’âme. Des conversations qui font grandir. Sinon, mais qu’est-ce que c’est que cette vie ? Ces échanges plats, ces discussions qui ne mènent nulle part ?
Si je m’anime, je me recharge. Sinon, je suis mieux seule. C’est aussi simple que ça.
J’aime : les silences qui parlent, les regards qui comprennent tout, les conversations qui transforment, cette sensation de reconnaissance mutuelle quand deux âmes se rencontrent vraiment.
Je n’aime pas : les bavardages pour ne rien dire, les sourires de façade, ces moments où elle sent qu’elle dérange par sa simple présence authentique.
« Tu es trop sensible », me dites-vous ?
Non, désolée. Tous les mots ont leur importance. C’est grave de ne pas le voir. Comment faites-vous pour ne pas être écorchée par la lourdeur des mots que vous employez ? Tout doit être juste. Ce n’est pas banal, un mot. Un mot peut guérir. Un mot peut détruire. Un mot peut transformer une journée entière.
Alors oui, je pèse mes mots. Je choisis mes silences. Je refuse la légèreté quand elle cache du vide.
« Trop gentille », dites-vous encore ?
Non. Profondément humaine. Respectueuse du vivant, de l’amour, de mon prochain, de notre humanité. Je cultive la beauté, l’amour, la gratitude comme d’autres cultivent leur jardin. Avec soin. Avec patience. Avec foi.
Vous avez oublié votre essentiel ? Votre cœur d’enfant ? Cette capacité d’émerveillement qui fait que la vie vaut d’être vécue ?
Moi, je m’en souviens. Et j’y tiens.
Ne vous méprenez pas. Ce n’est pas parce que je semble perchée que je ne fais pas preuve de pragmatisme. Je suis bien là, ancrée dans ce monde, les pieds solidement posés sur terre même quand ma tête navigue dans les nuages.
Je vis dans cet équilibre subtil entre l’intuition et le concret. Entre le rêve et l’action. Entre la vision et la réalisation. Je cherche et j’utilise la puissance de ma sensibilité comme d’autres utilisent leurs compétences techniques.
J’aime : sentir les choses avant qu’elles n’arrivent et agir en conséquence, transformer une intuition en projet concret, cette capacité à voir les solutions là où d’autres ne voient que des problèmes.
Je n’aime pas : qu’on oppose sensibilité et efficacité, comme si être touchée par la beauté du monde nous rendait inaptes à le transformer.
Ma sensibilité, c’est mon outil de travail. Mon radar. Mon GPS émotionnel.
La paix. Il n’y a que la paix qui m’intéresse. Pas cette paix factice des compromis et des non-dits. La vraie paix. Celle qui naît quand on arrête de se battre contre qui on est. Quand on accepte sa différence comme un cadeau, pas comme un fardeau.
Cette paix qui vient quand on comprend qu’être « perchée », c’est peut-être simplement avoir gardé les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. C’est voir plus loin, plus haut, plus profond.
Je m’adresse à vous qui vous reconnaissez dans ces lignes. À vous qui avez toujours eu l’impression d’être à côté de la plaque. À vous qu’on a fait culpabiliser d’être « trop » ceci ou « pas assez » cela.
Vous n’êtes pas trop sensibles. Le monde ne l’est pas assez.
Vous n’êtes pas trop compliquées. Les autres ont simplifié là où il fallait nuancer.
Non, vous n’êtes pas perchées. Vous volez à la bonne altitude.
Oui, il est là votre superpouvoir ; et ce n’est pas toujours souffrant. On apprend à vivre avec et à le déployer quand on comprend son fonctionnement.
Ne changez rien. Le monde a besoin de votre différence.
Si ces mots résonnent en vous, si vous aussi vous cherchez votre juste place dans un monde qui ne comprend pas toujours votre sensibilité, peut-être qu’une conversation pourrait vous aider à transformer cette différence en force. Parce qu’être différent, c’est être précieux.