Être gentille, ce n’est pas s’effacer : c’est une façon d’agir, de prendre sa place et de défendre ce qui compte. Haute sensibilité, peur de parler en réunion, pensées qui s’embrouillent sous les regards : je vous explique comment j’essaie, jour après jour, de poser ma présence, avec plus de conscience corporelle.
Vous avez toujours été à l’écoute des autres, toujours discrète, subtile, à observer ce qu’il se passe autour de vous. À regarder, analyser, décrypter. Et puis, quand vous avez envie de vous exprimer, quelqu’un d’autre le fait à votre place et, finalement, cet élan qui était à l’intérieur de vous perd de sa volonté et vous vous refaites le film Vous vous taisez encore et vous continuez à cogiter et à regarder les autres s’exprimer.
Ça va vite, là-dedans, quand nos idées s’entremêlent et se mettent à fuser dans tous les sens.
Mais comment faire ? Comment dire ? Comment stopper le flux incessant de pensée face aux flux incessant des autres ?
Que se passe-t-il en vous ? Pourquoi les gens s’égosillent-ils parfois à dire des choses qui ne sont même pas intéressantes, qui ne servent à rien ? Vous avez même l’impression que, parfois, ils le font exprès, comme s’ils ne voulaient pas trouver la solution que vous avez déjà en vous pourtant et pourrait calmer tout le monde.
Moi, ça me le faisait souvent quand j’étais en réunion. Ça durait des plombes et j’avais l’impression que les gens tournaient autour du pot. Ça manquait, pour moi, de profondeur, finalement, mais je n’étais pas consciente de tout ça.
Ce qui me manquait, finalement, c’était deux choses.
Alors, OK, ça m’arrivait parfois d’être capable de le faire lorsque la spontanéité me le permettait. Mais quand tous les regards se posaient sur moi, je perdais mes moyens et toutes mes pensées, aussi profondes soient-elles, perdaient en consistance. Un brouillard semblait déstabiliser cette réflexion si limpide à l’intérieur de moi et ça sortait en décalage.
Mais qu’est-ce que c’est dur de prendre sa place, de structurer sa pensée et d’impacter de manière réellement, pas seulement dans la spontanéité !
Un exemple, pour que ce soit concret. Je me revois en réunion, à écouter les uns et les autres. J’ai une idée claire en tête, qui permettrait de synthétiser la problématique soulevée. Le temps de chercher la formulation parfaite, mes idées grandissent, stimulées par le débit de paroles des autres, et je sens mon cœur battre de plus en plus fort. Puis quelqu’un d’autre prend la parole et le sujet part ailleurs. Trop tard : ce qui m’animait retombe aux oubliettes et je recommence à cogiter. Pendant ce laps de temps, mon corps fait son petit travail de protection : gorge serrée, souffle court, regard rivé sur les autres. Rien de spectaculaire vu de l’extérieur. À l’intérieur, en revanche, l’idée s’est déjà éteinte. Avec le recul, ce n’était ni un manque de réflexion ni un manque de contenu, juste une réaction du corps face à l’exposition. Et ça, ça se travaille.
Il a été important pour moi de comprendre que ma stratégie était implicitement de me faire petite, voire même de fuir, alors qu’au fond…
Qu’est-ce qui me manquait, finalement, pour réussir à mettre en œuvre cette nouvelle façon d’être ? Je vois tellement de choses à vous dire à l’instant, en écrivant, mais je vais essayer de structurer les idées principales.
D’abord, il m’a fallu aller chercher une sorte de « troisième force ». C’est celle que je n’avais pas l’habitude d’utiliser, c’est-à-dire oser le mouvement, l’action plutôt que le rêve. Parce que, entre nous, c’est facile de rêver, mais agir, c’est plus compliqué !
Agir me fait sortir de ma stratégie acquise par expérience. Je préférais me taire ou fuir, finalement, et, par conséquent, je laissais la place à ceux qui,tout compte fait, ont parfois une plus grande gueule et pas de profondeur (j’accuse …)
Et puis, j’ai compris que le doute n’est peut-être pas un problème en soi, sauf si, comme excuse, je l’utilise pour fuir et me renfermer, en me disant ( c’est pas grave, pas intéressant, je les laisse entre eux, je m’en fous etc ) eh oui, ce que je croyais être du confort ne l’est pas.
Changer de stratégie a consisté à sortir de mes habitudes pour m’apercevoir que ce n’est pas dangereux de parler et d’être vu et entendue.
Ensuite, ce qui m’a aidée, c’est d’avoir pu mettre des mots sur mon fonctionnement. Une meilleure connaissance de moi me permet de comprendre pourquoi je suis comme ça, en gros, la haute sensibilité avec tout ce que cela implique comme remise en question alors que c’est normal d’être ainsi.
Mais aussi de me réaligner avec mes motivations profondes à agir. On pourrait appeler ça « ma raison d’être », ce qui crée une motivation à agir et, notamment, à impacter.
Et ça, c’est le mot le plus mobilisateur. Oui, je ne le fais pas uniquement pour moi, mais pour impacter, sans chercher à changer les autres, je fais ma part en agissant. Remettre le beau là où il doit être, en finir avec la petitesse, la violence verbale, la non conscience de notre condition sensible et humaniste, pour remettre l’amour là où il y a la haine. Y a pas de honte à aimer !
Le dernier point, je le qualifie de somatique, en lien avec mon métier de praticienne en Somatic Experiencing.
Car oui, je dois admettre que ne pas oser est parfois lié à des traumas. Oui, le trauma fait partie de vos vies d’humains.
Ces traumas d’existence empêchent parfois cette incarnation et viennent brouiller la réflexion. Ils viennent nous enfumer et nous immobiliser. Quelle plaie !
Avec le contexte que nous avons proposé avec Albin Bourdy « Fais entendre ton coeur », j’ai vu à quel point ce besoin de connexion aux autres est nécessaire pour nous toutes et tous. Mais il passe d’abord par une connexion à soi. Cela demande de rebattre déjà les cartes pour soi, et de s’autoriser à agir avec son authenticité, à partir de soi et non pour faire plaisir aux autres. Cela demande donc une écoute de soi, une présence, une conscience de ce qui se passe en nous. Le corps nous donne partout les réponses : écoutons ce que les sensations, les images et les mouvements spontanés nous disent pour oser agir à partir de soi, avec authenticité, pour nous connecter aux autres. Merci à Sophia,Flora Isabelle, alexandra, Marianne . Je remercie du fond du cœur ces femmes qui ont osé nous partager le chemin de leur cœur pour oser cette bascule. Oui, oser être soi avec les autres, ce n’est pas facile mais tellement prometteur !
Je fais le vœu que chacun s’autorise à être soi-même, à travailler sur ses préjugés et injonctions, à écouter son intuition et à oser cette vulnérabilité. Rappelez-vous à la sensibilité, à l’empathie, à l’humanisme.
Dans mon métier, j’accompagne des personnes en bilan de compétences, avec la formule « sensible et alors « ou avec la Somatic Experiencing. Et finalement, quelle que soit l’accompagnement la question est toujours la même : comment rester soi face aux autres, face au monde ?
Concrètement, par où commencer ? Voici trois petits pas, volontairement modestes.
On ne devient pas à l’aise du jour au lendemain. Mais chaque prise de parole, même petite, rééduque le système nerveux.
Arrêter de se cacher, oser agir lorsque le bien doit être défendu et trouver en soi, progressivement, cette force d’action qui nous crée et qui permet de réintégrer en soi l’équilibre, le yin et le yang, le féminin et le masculin.
Une force d’action qui nous crée, un travail de tous les instants car ce n’est jamais acquis. peut être qu’il est là le chemin, être bien connectée à soi avec authenticité pour se connecter aux autres. C’est ce qu’on appelle d’ailleurs la conscience corporelle en Somatic Experiencing.
Et quand on expérimente l’ incarnation vous verrez que les planètes continuent à tourner normalement.
Alors, OSEZ la gentillesse, osez diffuser l’amour, la bienveillance, osez vous dédier à l’amour quand d’autres se dédient à la haine, osez dévoiler cette part qui vous semble si obscure et qui, pourtant, est une belle colère saine et impactante.
Faire entendre son cœur, c’est ça et uniquement ça !
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, sachez que vous n’avez pas à faire ce chemin seule. En bilan de compétences, avec « Sensible et alors » ou en Somatic Experiencing, je vous accompagne pour trouver votre façon à vous de prendre votre place.
