Le Compte Personnel de Formation a été créé comme un droit individuel.
Un droit personnel.
Un droit attaché à la personne.
Un droit permettant d’évoluer sans demander l’autorisation de son employeur.
Un espace d’autonomie dans un monde professionnel aliénant.
Et aujourd’hui, cet espace se rétrécit.
Reste à charge imposé.
Accès conditionné.
Complexification administrative.
Encadrement renforcé.
On appelle cela “assainir le système”.
On parle de “lutter contre les abus”.
Mais dans les faits, c’est une nouvelle restriction d’un droit fondamental.
Et oui, je le dis : c’est encore une dérive autoritaire de nos institutions.
On ne supprime pas le droit.
On le rabote.
On garde le discours d’autonomie :
“Vous êtes responsables de votre parcours.”
“Vous pouvez vous former.”
“Vous êtes libres d’évoluer.”
Mais on resserre les conditions d’accès.
La liberté devient conditionnelle.
Et une liberté conditionnelle n’est pas une liberté pleine.
Qu’est-ce qu’une société “normale” ?
Celle où l’équilibre, la santé, le respect de chacun et le rythme naturel de la vie sont valorisés.
Une société qui permet de se reconnecter à son humanité, de respirer, de se reposer, de choisir, de créer, de contribuer.
Or aujourd’hui, on nous fait croire que la norme, c’est autre chose.
La norme serait : se presser, produire, performer, courir après l’économie, subir le stress comme étant la norme, dire oui à un monde du travail toxique parce que c’est comme ça la vie.
On nous présente ce modèle comme si c’était NORMAL.
Cette fausse normalité nous enferme dans l’illusion que chacun est responsable de sa fatigue, de son burn-out, de son épuisement.
On nous parle de résilience, d’adaptation, de performance comme si c’était un choix individuel, alors que le système nous pousse, nous limite et nous standardise, nous TAYLORISE.
On nous présente la formation et la reconversion comme des échappatoires, et le cpf comme un droit utilisable tout au long de votre vie active .
Mais ce droit, qui est une bouffée d’air frais, se voit progressivement restreint. on reprend le contrôle sur nos vies et le sentiment d’être coincé ne fait que s’intensifier.
Lorsque l’on restreint un droit présenté comme fondamental, cela crée :
un sentiment d’impuissance
une perte de contrôle dans notre vie
une fatigue supplémentaire
C’est une violence institutionnelle : profonde, insidieuse, malsaine.
On crée un droit.
On communique dessus comme une avancée.
Puis on le grignote, petit à petit.
Nous sommes maintenus dans un système professionnel violent.
Le burn-out n’est plus marginal.
Il devient un phénomène massif.
Restreindre l’accès à la reconversion, au bilan, à la formation, ce n’est pas anodin.
C’est réduire encore un peu les possibilités de mouvement et imposer une domination des élites sur le peuple.
Même dans ce cadre resserré, il reste une chose que les institutions ne peuvent pas nous enlever : la conscience.
Voir ce qui se joue.
Nommer les mécanismes.
Refuser l’intériorisation de l’impuissance.
Le CPF, la formation, la reconversion, tout cela devait être des leviers de liberté.
Aujourd’hui, ils deviennent des outils supplémentaires de contrôle, de fausse liberté d’action sur sa vie professionnelle. Ca et tout le reste bien évidemment.
La question n’est pas seulement administrative ou économique.
Elle est politique : qui détient le pouvoir sur nos trajectoires de vie ?
Qui décide des possibilités qui nous sont offertes ?
Et pourquoi devons-nous encore payer le prix de cette restriction par notre santé, notre énergie et notre liberté intérieure ?
La santé mentale et le sens au travail ne sont pas des luxes.
Ils ne devraient pas dépendre d’un système qui favorise le rendement et la performance au détriment de l’humain.
Tant que le burn-out est normalisé, tant que la pression est justifiée, tant que les droits individuels comme le CPF sont restreints, nous restons piégés dans un modèle qui ne nous veut pas du bien.
Mais il y a quelque chose que personne ne peut nous enlever : la conscience.
Voir ce qui nous enferme. Nommer les mécanismes. Refuser l’intériorisation de l’impuissance.
Et aller plus loin.
Faire de cette conscience un acte de résistance.
Oser dénoncer ce qui est injuste.
Oser s’impliquer dans la cité, dans le collectif, dans nos lieux de travail.
Oser créer des espaces où la liberté, l’équilibre et le sens reprennent leur place.
Ce n’est pas seulement un choix individuel.
C’est un geste politique.
C’est reprendre un peu de pouvoir dans un système qui cherche à nous l’ôter.
Oser, c’est respirer, reprendre notre souffle.
Oser, c’est affirmer que nous ne nous plierons pas à cette fausse normalité.
Oser, c’est reprendre notre place dans le monde.