La régulation émotionnelle ne consiste pas à être toujours bien ni à contrôler ses émotions. Elle commence parfois par quelque chose de beaucoup plus simple : revenir au corps, à ce qui se passe réellement en nous, ici et maintenant.
Il y a des jours où tout va bien, et pourtant quelque chose, quelque part entre le sternum et la gorge, s’obstine à raconter le contraire.
Un message resté sans réponse. Un silence de trois heures. Et voilà que le cœur se met à battre un peu plus vite, que le ventre se noue, qu’une petite voix murmure : elle m’en veut, j’ai dû faire quelque chose de mal, c’est fini.
Rien de tout cela ne se produit. Et pourtant, cette histoire alimente le mental, et le corps ressent encore plus fort ces émotions.
C’est fou, non, cette capacité qu’on a à vivre des tragédies entières en trois minutes chrono, au petit déjeuner, avec une tasse de thé en train de refroidir dans la main ?
Et si, simplement, on avait pris l’habitude de vivre un peu trop dans la tête, en oubliant qu’on a aussi un corps, une peau, un ventre, des mains qui peuvent trembler ou se détendre ?
On cherche tous, un peu, la même chose : aller bien. Être calme. Être aligné. Ne plus être submergé par ses émotions.
Et dès qu’une pensée arrive, on alimente parfois le mental en cherchant une explication pour se soulager. On cherche le pourquoi : Pourquoi suis-je angoissé ? Pourquoi est-ce que je réagis comme ça ? D’où ça vient ?
Et puis ça recommence.
Alors il faut bien se l’avouer : ce n’est pas forcément en trouvant le pourquoi de notre angoisse que celle-ci va disparaître.
Les émotions seront toujours là.
Et tant mieux, parce que c’est aussi cela, la vie.
Alors ne cherchons pas à nous en débarrasser.
La vie va continuer à nous traverser : la joie qui fait des bulles dans le ventre et dans l’esprit, la peur qui nous glace, la colère qui monte comme une marée, la tristesse qui s’installe sans prévenir.
On ne pourra jamais empêcher cela d’arriver.
C’est justement là que la régulation émotionnelle prend tout son sens.
Ce n’est pas apprendre à ne plus ressentir.
C’est apprendre à surfer avec ce qui est là.
Le développement personnel, parfois, nous fait miroiter un endroit où l’on serait enfin bien. Pour de bon. Plus de peur, plus de colère, plus de pensées qui tournent en boucle comme un vieux disque rayé, la fameuse gestion des émotions !!! ha ha la bonne blague!
Comme s’il existait, quelque part, une version parfaitement lisse de nous-mêmes, sans aspérités, sans vagues.
Je n’y crois pas, car si on gère ses émotions ca veut dire qu’on cadenasse, on maitrise à partir du mental … jusqu’à explosion de la cocotte minute et ensuite on recommence…
alors il est temps d’accepter qu’une émotion peut être inconfortable, parfois même eeeextrêmement intense mais même si elle nous mets dans un inconfort terrible elle n’est pas dangereuse. alors laissez lui la place, c’est comme ça qu’elle diminuera, arrêtez de chercher à la contrôler. Et surtout : ce qu’on ressent n’est pas toujours le miroir fidèle de ce qui se passe réellement, ici, maintenant.
On a peur alors que rien ne nous menace. Imaginer le pire alors que tout, objectivement, va bien. Parce que notre histoire, nos souvenirs, nos vieux réflexes continuent de parler à travers nous, ca nous colle à la peau alors que tout va bien .
On a développé un talent fou pour penser.
Analyser. Anticiper. Scénariser. Chercher des solutions à des problèmes qui n’existent pas encore.
Et dans ce monde qui n’arrête jamais de nous parler — notifications, actualités, messages, sollicitations — le mental ne demande qu’à tourner à plein régime.
On pense à hier.
À demain.
À ce que l’autre a bien pu vouloir dire.
À ce qui pourrait mal tourner.
Et pendant ce temps, une chose toute simple s’échappe doucement de notre attention :
ce qui est réellement en train de se passer en nous, maintenant, tout de suite.
Non, on n’est pas des cerveaux sur pattes.
On est des êtres incarnés.
Et revenir à son corps, c’est revenir à cette évidence-là.
C’est apprendre à ralentir suffisamment pour se rendre compte que l’on est bien là, vivant.
Pas besoin de se répéter en boucle je dois vivre l’instant présent comme un mantra un peu vide.
Revenons plutôt au bon sens, à la simplicité:
Qu’est-ce que je ressens, là, maintenant ?
Où est-ce que ça se loge ? Dans la poitrine, le ventre, la gorge, les épaules ?
C’est chaud ? Froid ? Serré ? Ça tremble, ça pèse, ça bouge ?
Et si je reste un peu, sans rien forcer : qu’est-ce qui apparaît ?
Une pensée ? Une image ? Une envie de fuir ? De tout contrôler ? De me protéger ?
Il ne s’agit pas d’analyser .
Il s’agit simplement de revenir toucher, doucement, ce qui est là.
De s’apprivoiser.
De revenir à soi.
Et de découvrir que cette capacité est accessible en nous, plusieurs fois dans la journée.
C’est cela aussi, développer sa conscience corporelle : apprendre à percevoir ce qui se passe en nous avant de repartir automatiquement dans le mental, en mode combat permanent !
On peut passer une vie entière à essayer de ne pas pleurer, de ne pas montrer sa colère, de ne jamais perdre le contrôle.
Mais contrôler et réguler, ce sont deux langues différentes.
Réguler ses émotions, c’est rester en contact avec ce qui nous traverse.
Sentir.
Prendre conscience.
Écouter sa physiologie.
Laisser progressivement le mouvement se faire dans le corps.
Cette énergie que l’on a parfois tant retenue ou contenue dans le mental peut alors retrouver un chemin, une circulation.
On ne cherche pas à faire disparaître l’émotion.
On apprend à la traverser.
C’est un peu cela, la Somatic Experiencing, que j’explore dans mon accompagnement : remettre le corps et les sensations au centre.
Pas pour empêcher la vie d’arriver.
Pas pour devenir quelqu’un qui ne ressent plus rien.
Mais pour développer cette capacité, toute simple et presque animale, de revenir à soi.
Et c’est vrai que la société nous happe si facilement qu’elle pourrait presque nous faire croire que courir, penser, produire et avancer sans arrêt, c’est ça, la vie. Eh bien non.
La Somatic Experiencing propose justement de porter l’attention sur l’expérience corporelle et les sensations, plutôt que de chercher uniquement des réponses dans le mental pour suivre sa vérité.
Elle ne consiste pas à empêcher les événements difficiles de notre vie d’arriver.
Elle ne consiste pas non plus à supprimer les émotions ou à devenir parfaitement calme.
Elle permet plutôt d’explorer ce qui se passe en nous, dans le présent, et de développer progressivement notre capacité à nous réguler.
Revenir au corps.
Sentir.
Observer.
Prendre conscience.
Laisser de l’espace à ce qui est là.
Et, petit à petit, retrouver davantage de contact avec soi-même.
Quand on renoue avec ses sensations, quelque chose peut progressivement se remettre en cohérence :
ce que je ressens,
ce que je pense,
ce que je veux,
ce que je fais,
et la façon dont je suis en lien avec les autres.
Ce n’est pas un état qu’on atteint une bonne fois pour toutes.
Ça se construit.
Ça se perd.
Ça se retrouve.
Encore et encore.
Parce que la vie continuera de nous bousculer.
Et c’est très bien ainsi.
La régulation émotionnelle n’est donc pas la recherche d’un état permanent de bien-être.
C’est la possibilité de retrouver notre capacité à revenir à nous lorsque quelque chose nous traverse.
On ne peut pas contrôler la mer.
On ne peut pas décider de tout ce qui va nous arriver.
On ne peut pas empêcher les émotions de surgir sans prévenir : au boulot, dans sa cuisine, pendant une pause, au milieu d’une conversation.
Mais on peut apprendre à revenir à soi .
À revenir dans son corps.
À distinguer ce qui est réellement là de ce que le mental invente parfois pour nous faire peur.
À ressentir.
À réguler.
À retrouver progressivement de la cohérence.
Et à reprendre notre capacité de choisir.
Reprendre le gouvernail de sa vie, ce n’est pas dompter la tempête.
C’est retrouver, tout doucement, la capacité de naviguer et ne pas s’en vouloir lorsque nos émotions débordent.
C’est retrouver de la compassion pour soi tout en restant en lien avec les autres,
C’est naviguer avec plus de simplicité, d’authenticité envers soi même et avec les autres et voir qu’il fait toujours beau au dessus des nuages.
